À l'intérieur



Je me décide enfin à entrer à l'intérieur du Répit. Je découvre un lieu très calme. Le mobilié est en plastique, rien de fancy mais les bancs sont confortables. Il y a quelques personnes étendues sur de minces matelas de sol, à même le plancher. Je suis d'abord tenté de les dessiner, mais je m'abstiens par respect pour eux. Pouvoir se reposer en paix et en toute sécurité, c'est bien entendu l'une des choses primordiales qu'offre le répit.


Sur les murs il y a une multitude de dessins, des portraits réalisés par Jean-François, un des usagers que je vais apprendre à connaître par la suite. Les dessins sont à la fois naïfs et expressifs, visiblement un artiste est déjà passé par ici. Il documente à sa façon les habitants de ce lieu dont il fait aussi partie.



Je suis fasciné et intimidé à la fois. Ne sachant pas trop par où commencer, je m'assois quelque part et je dessine à la dérobé quelques personnes qui gravite autour du lieu. Le dessin a toujours été pour moi, une façon d'entrer en contact avec mon entourage, surtout lorsque je me sens étranger comme aujourd'hui. J'y vois évidement beaucoup de misère humaine et en même temps je vois de la beauté. J'ai la conviction que de prendre le temps de dessiner quelqu'un, c'est une façon d'aller au delà des préjugés qu'on peut avoir au départ. En posant ces traits de crayon sur le papier, je suis obligé de déconstruire l'image que je m'étais fait au départ.


Certain viennent pour se reposer ou pour manger une collation ou prendre un café. Il y a souvent une cafetière filtre, quelques beignes, des boîtes de céréales et du lait disponibles pour ceux qui le désir. Roxanne qui gère le lieu me dit que le Répit Basse-ville est ouvert à tous, son mandat est d'offrir un espace à tous, même ceux qui ne sont plus acceptés dans les autres leux ressources de la ville.


La plupart des usagers du répit sont dans leur bulle. Il font leurs propres affaires sans déranger personne. Parfois il y a des cas lourds, comme cette femme en état de détresse. Elle pleure à chaude larmes, tremble, va et vient un peu partout dans le local. Avec ses gestes erratiques, c'est une tragédie sur deux pattes.  On dirait qu'elle cherche quelque chose, elle est visiblement en manque. Des policier entrent pour essayer de la calmer. Un chaos en fuite devant les forces de l'ordre


Un prêtre et des religieuses d'une congrégation locale entrent en transportant de larges plats en inox. Une fois par semaine ils fournissent le dîner. Le répit s'est rempli de personnes affamés. Ça semble un rendez-vous attendu et espéré. Pendant le service, ils font des prières "délivrez nous du mal!" On ne peut évidemment pas être contre la vertu, mais le décorum catho me met mal à l'aise.







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