Avant d'entrer
Après avoir longuement hésité, je suis parti de mon atelier pour aller à la rencontre des usager du Répit Basse Ville. Les shopains (mes collègues d'atelier) me souhaitent bonne chance, un peu comme si je partais pour une expédition très loin. Depuis que j'ai initié ce projet d'aller faire le portrait de personnes en situation d'itinérance, je me demande si c'est une bonne idée. Il y a comme une peur irrationnel qui m'habite à l'idée d'aller à leur rencontre. Être confronté à une situation précaire, se retrouver à la rue, ne plus avoir de ressources, ne plus avoir de toi sur sa tête, ne plus avoir de chez soi... c'est quelque chose qui peut tous nous arriver, et en particulier si on a choisit un métier artistique.
Je passe d'abord devant l'église Saint-Joseph qui accueille une petite foule de laissé pour compte sur son parvis. Il y a quelque chose de la cours des miracles, Esméralda et le bossu de Notre-Dame. Tout ce délire romanesque qui esthétise les laissés pour compte, nos tsigane à nous, les SDF. Une femme clame haut et fort qu'elle est plusieurs fois grand-mère, 5 fois plutôt qu'une. Je suis impressionné. Cette année, je serai grand-père pour la première fois.
Je reste en retrait à les observer. Pour la plupart, ils semblent pacifique. Si certains sont un peu agressifs, en général l'ambiance est ok. Comme je l'ai écrit sur la page du carnet, il y a quelque chose de la cours d'école. Ça me rappelle le secondaire 4 et 5, lorsqu'on passait le temps dans le fumoir à attendre je ne sais quoi... que la vraie vie nous tombe dessus.
Juste à côté de moi, j'entends une conversation entre 2 hommes sur un banc public. Ça ressemble à une transaction. Je perçois un ton menaçant, une mise en garde, une demande de résultats, un fournisseur et un revendeur. Ce n'est pas le temps de sortir mes crayons, je m'esquive en douce. Je vais devoir faire attention. Ce lieu est un eco-système avec ses règles, sa hiérarchie.
Il y a ce gars assis sur un autre banc, un peu costaud, les cheveux longs et blonds. Je le croiserai plus tard dans le répit (voir le guerrier germanique). Il a l'air gentil, je me dis que je pourrais demander si je peux faire son portrait. Mon projet est compromis par l'arrivé en trombe d'un gars en chess, tatouage et corps nerveux. Il porte des lunettes beatnik, ça lui donne des allures de hypster intello. Il a peut-être été ça, dans sa vie antérieur. Il cris haut et fort des insultes sans s'adresser à personne en particulier. Encore une fois, c'est peut-être pas le meilleur moment de sortir mes crayons.
Un peu plus tard, je croise à nouveau le tatoué enragé. Il est en train de bricoler une croix. Je me demande ce qu'il fabrique, est-ce qu'il fait parti d'un culte religieux. Je comprendrai quelques jours après que c'était pour la cérémonie organisée à la mémoire de Nancy qui aura lieu ce même soir sur le parvis de l'église. Ça explique peut-être sa colère d'avant, adressée au monde entier.









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